Travailleurs sur le Decauville Travailleurs dégageant un arbre tombé sur les rails du Decauville à Souhé, période française (1917-1918)

Une Histoire de Violence et de Souffrance

La construction du chemin de fer au Cameroun s’inscrit dans un contexte colonial marqué par la violence et l’exploitation. Les photographies d’archives révèlent des scènes capturées près du “village du Petit Malume” et illustrent la dureté des conditions de travail imposées aux ouvriers indigènes, soumis à un labeur harassant sous la surveillance de tirailleurs armés.

La Période Allemande (1901-1916)

Les Allemands ont initié la construction du chemin de fer vers 1901. L’infrastructure devait relier les zones côtières aux régions intérieures pour faciliter l’exploitation des ressources. La construction a progressé jusqu’à la région d’Eséka, aux abords de Malume.

La Transition Française (1916-1960)

Après la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale, les Français ont repris le contrôle et ont poursuivi la construction à partir d’Eséka. C’est précisément dans la zone de Malume que cette transition s’est opérée, faisant de cette région un témoin unique de deux périodes coloniales.

Village de Souhé Village de Souhé traversé par le Decauville lors de la période française

Un Patrimoine Central à l’Histoire Camerounaise

Le chemin de fer n’est pas qu’une simple infrastructure. Il représente :

  • Un monument aux travailleurs anonymes : Des cohortes de travailleurs forcés ont été importés de diverses régions du Cameroun et au-delà. Leurs noms ne sont pas connus ; certains ont probablement été enterrés le long de la ligne après avoir péri d’accidents ou de maladies.

  • Un témoignage de l’ingénierie coloniale : Les quatre ponts métalliques construits sur les rivières de Malume représentent des prouesses techniques de leur époque.

  • Une cicatrice historique : Chaque traverse, chaque pont raconte une histoire de domination, mais aussi de résilience des populations locales.

Un Patrimoine en Danger

Pont de Nyaanga Structure métallique du pont de Nyaanga encore debout mais menacée

La méconnaissance de ce patrimoine et son état d’abandon constituent une aubaine pour les chasseurs de ferrailles qui en font une cible privilégiée.

État Actuel des Infrastructures

  • Ponts métalliques : Bien que structurellement encore solides, ils sont menacés par la corrosion et le pillage du métal
  • Rails : Envahis par la végétation tropicale, certains tronçons disparaissent sous la forêt
  • Gares et bâtiments : Rares sont les structures secondaires qui ont survécu

Au regard des appétits de plus en plus voraces des pilleurs, il est à craindre que ce patrimoine ne soit bientôt anéanti, à jamais, si rien n’est fait dans l’urgence.

Un Patrimoine dans une Nature Gratifiante

Une muséographie du rail de Malume ne peut être complète que si elle intègre l’ancrage écologique qui constitue l’un des pans de son cadre épistémique et technologique. La défiance d’un relief particulièrement vallonné, qui en a imposés aux ingénieurs coloniaux, ne manque pas de gratifications : chutes d’eau époustouflantes, cavernes antédiluviennes.

Sites Naturels Remarquables

  • Liaa li Njée (La Caverne du Lion) - Un site légendaire avec son histoire orale
  • Les chutes de Kuum i Song-Libam - Cascades spectaculaires près du parcours ferroviaire
  • Cavernes antédiluviennes - Témoins géologiques de l’histoire naturelle de la région

Notre Mission

Le projet du musée ferroviaire de Malume est une triple invitation :

  1. À la restitution d’une mémoire historique enfouie dans les vestiges du rail
  2. À la découverte d’un patrimoine au cœur de l’histoire sociale du Cameroun
  3. À l’émerveillement au cœur d’une nature généreuse et gratifiante